C’est étrange le quotidien. Sur le principe, ça m’ennuie. Quand je dis sur le principe, parfois il se colore de surprise et d’inattendus et c’est agréable, mais globalement c’est chiant.
Enfin c’est chiant… Disons que la routine peut ennuyer. Mais finalement, est ce que ça ne rassure pas un peu ? Je ne suis pas en train de virer réactionnaire et conservateur genre Besson (pas Luc le cinéaste automobiliste, je parle d’Eric le traitre politicien) mais je me suis aperçu de ça en taillant le bout de gras (quelle expression horrible pour un exquis papotage de soirée) avec quelqu’un qui n’avait pas ce quotidien « tranquille ».
Prenons en parallèle deux vies, la mienne et la sienne.
Réveil pour lui : Je me lève, je me bouscule… pour pas être en retard. Je suis chez moi, la déco et la poussière en témoigne. Je petit déjeune dans le brouillard en écoutant les nouvelles du pays que j’habite depuis toujours et dont je parle la langue.
Dans l’heure qui me sépare de mon extraction du sommeil et de la sortie de chez moi lavé, rasé, désodorisé sous le bras et le poil à peu près dans le bon sens, aucune surprise. De quoi démarrer la journée dans la tranquillité.
Réveil pour elle : Elle se lève, elle se bouscule… pour ne pas être en retard. Elle n’est pas chez elle. Elle est même à des milliers de kilomètres de chez elle. C’est un choix, elle travaille. Mais quand même. Elle petit déjeune en écoutant les nouvelles dans une langue qui n’est pas forcément la sienne sur un pays à la culture très différente du sien. Des le matin, elle doit s’adapter, se concentrer et être déjà en marche à peine le pied délicat à peine posé sur une carpette d’hôtel usée.
Journée pour lui : Après un petit trajet dans les transports, il arrive à son lieu de travail. Discussion avec les collègues de banalités habituelles comme la météo, les feux d’artifices et les weekends en Province. Puis des rendez-vous professionnels. Etant le relais d’une administration reconnue et identifiée, encore une fois, de la surprise parfois mais pas trop. Et il en va de même pour le vendeur de machine à laver ou le laveur de carreaux du magasin qui vend les machines à laver.
Journée pour elle : Après un trajet qui dépend complètement de son travail du jour. Cela peut nécessiter des heures de voiture à travers des coins reculés que même la Creuse ressemble à Manhattan en comparaison, ou une traversée de ville en guerre ou une paisible ballade sur le bord du lac de Genève. Ensuite, rencontre avec des inconnus, besoin d’un interprète pour évoquer des drames ou s’immiscer dans la vie démocratique d’un pays. Et surtout être toujours « l’étrangère » donc dévisagée, regardée et pas tout le temps avec gentillesse.
Soirée pour lui : Après un passage éclair dans le nid douillet, sortie dans un capitale pas si éloignée avec ses amis choisis et connus de longue date. Rires, discussions philosophico-bancals et lien qui se créent, s’affirment et se défont. Et puis hop, au lit !
Soirée pour elle : Retour dans son hôtel ou son habitat temporaire. La famille est loin, les amis encore plus. Les collaborateurs deviennent amis ou du moins des relations par la force des choses. Des visages entrecroisées le temps d’une mission. On y côtoie beaucoup de diversité sociale et culturelle. Une forme de solitude dans le nombre, peut être la plus difficile à vivre.
Conclusion, c’est en vivant ce quotidien qu’il m’ennuie.
Et si comme toute chose, son absence m’en faisait ressentir les bons côtés et le plaisir que j’ai à y être ?
Et elle, de son côté, est ce qu’elle rêve à ce petit confort au prix d’un peu de banalité ?
Et moi de mon côté, vivre l’aventure, au prix du danger réel, de l’absence de lien que cela doit couter est il mon rêve secret ?
Je voudrais juste des journées qui ne se ressemblent pas.