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La Cause V
novembre 16th, 2009 by Laurent

Sylvain frissonne. Le courant d’air venant de la fenêtre entre ouverte passe sur ses épaules nues. Il remonte la couverture doucement pour ne pas qu’elle frotte sur sa compagne de lit. Il la regarde. Elle dort tranquillement. Sylvain se demande si le terme abandonné convient tant son visage ne marque aucune crispation tandis qu’elle respire dans son sommeil. Elle est belle. Cet état de fait le marquait depuis leur rencontre il y a presque un mois. Quelques heures auparavant, leurs souffles saccadés à l’unisson dans ce lit lui avaient enseigné l’essentiel. Il l’aime. Au moment où cette pensée l’effleure le lit s’ouvrit et rien ne pu empêcher sa chute dans le noir. Elle ne s’est même pas retournée.

Le choc coïncida avec le brusque retour de la clarté. Choc du corps de Sylvain amorti par un tas de bâches usées et grises de saleté. Se relevant, il se rend compte qu’il porte, une fois de plus, les vêtements de combat. Son combat pour la Cause auprès de Laurent. Mais cette fois Sylvain est seul dans un vieil immeuble en ruine comme il y en a tant dans les champs de bataille ou il lutte sous le nom du « Baron ». Habituellement, Laurent les emmène dans ce monde étrange. Son habitude de la guérilla le pousse alors à ne pas rester au même endroit trop longtemps.

Il sort du rez-de-chaussée prêt à s’écrouler et choisis de tourner à droite. Le bitume de la rue a disparu depuis longtemps faisant place à des cratères à demi rempli d’eau. Tandis qu’il entame sa marche fatigante car chaque pas doit être calculé pour ne pas chuter et toujours en silence. Sylvain comprend alors une chose. Il est fatigué de cette guerre contre le général. Contre « L’amour ». Au bout de quelques mètres, le silence lui pèse. Il ne sait plus quoi faire.

L’odeur le fait renifler. Cette odeur caractéristique de rose et de pourris. Ce sont les escadrons cupidons. Émergeant d’un nuage, un groupe d’angelots nus, arc au poing se dirige droit vers le jeune homme. Sylvain, par réflexe, se lance dans les décombres pour leur échapper. Les flèches à l’empannage en forme de cœur fusent autour de lui. Dans sa course, il n’entend que le battement d’ailes des troupes d’assaut adverse.

Il cherche ses armes tout en maintenant un rythme fort à sa course. Mais pas de trace des fusils de réalisme ou même d’une grenade de cynisme. Rien. Son souffle commence à se raccourcir et le bruit des angelots se fait plus fort.

Puis il réalise que sa course est inutile. L’idée le surprend tellement qu’il s’arrête aussitôt. Comprenant il se retourne et fait face à l’escadron.

- Pourquoi aurais-je peur d’être touché par l’amour puisque je l’ai trouvé ?

La phrase résonne dans la rue détruite. Pensé à haute voix.

Les angelots s’étaient arrêtés. Toujours en joue, ils bloquaient simplement Sylvain, comme en attente. Une silhouette entre alors dans le champ de vision de Sylvain qui reconnaît très vite Nick, son ancien allié. Il avait déserté la Cause quelques mois auparavant.

-Pourquoi lutter en effet. réponds Nick à l’interrogation de Sylvain. Ta présence ici et seul prouve que tu es prêt à nous rejoindre.

Nick sort alors une arme et vise Sylvain. Le bruit et la douleur furent parfaitement synchronisés dans la tête du guerrier et il s’écroula.

Sylvain émerge doucement. Il est assis sur un transat. Jetant un regard circulaire il découvre un environnement en totale opposition avec le précédent. À côté de lui se trouve une petite table où trône une carafe d’eau claire et deux verres au style élégant. Nick est sur un autre transat. Ils sont dans un jardin parfaitement entretenu. L’herbe bien coupée et les fleurs harmonieusement disposées exhalent des parfums doux. Le jardin accote une maison ancienne, mais dont seul le style indique son âge. Les volets colorés fraîchement peints, les tuiles rouges évoquent une photo retouchée avec talent dans le but de créer une impression de paradis.

Sylvain se rend compte alors que ses vêtements comme ceux de Nick sont neufs et bien repassés. Une petite chemisette et un pantalon de toile léger en accord avec le soleil qui baigne cette fin d’après-midi.

Nick ouvre un œil.

- Le décor te plaît ?

- C’est magnifique.

Nick sourit comme si c’est l’évidence l’amusait.

- Mais où sommes-nous ? » questionna Sylvain.

- Peu importe. Nous sommes là où Laurent ne nous emmènera jamais. En ce lieu où il refuse d’aller. Nous sommes sous la protection du général.

Les discussions sur les illusions crées par le Général Amour viennent immédiatement en tête de Sylvain. Il les rappelle à Nick.

- Et alors ? Moi je la trouve belle l’illusion. Elle me convient. Plutôt ça que « son » monde froid, laid et sans amour.

- Mais alors je suis là grâce à elle ?

- Évidemment. C’est l’amour que tu lui portes qui rend les choses aussi belles.

Sylvain se laisse alors aller dans le transat. Impatient de retrouver la créatrice de ce moment de bonheur, il se demande alors si Laurent sait tout ce qu’il rate en s’opposant à ça.

- Bien sûr qu’il sait » réponds Nick une fois de plus en parfaite adéquation avec les pensées de Sylvain. « Et ça le rend coupable de choisir à notre place. Le libre arbitre comme il le défends serait de tout nous montrer et de nous laisser choisir.

Mais qui pourrait le suivre alors sans être complètement fou médite alors Sylvain en fermant les yeux et humant l’air tranquille autour de lui. La porte de la maison s’ouvre alors et le tire de sa rêverie. Une jeune femme, belle et voluptueuse descends les quelques marches qui amène de la maison au jardin. Une autre silhouette reste sur le pas de la porte. Si la jeune femme qui a rejoins maintenant Nick et l’embrasse avec douceur est habillée d’une robe légère, la tenue de l’autre arrivant est un uniforme sombre et très sobre. Une veste à la coupe droite et aux épaulettes à peine renflées ajoute à la rigidité de sa posture. Des décorations ornent sa poitrine accrochant la lumière du soleil tandis que son visage reste dans l’ombre.

- Nick, qui est ce ? Qui est cet homme ?

- C’est le général. C’est l’Amour. Mais c’est « elle » ! Et appelle-moi Nicolas. Ici, plus besoin de surnom.


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