Laurent émergea doucement de sa torpeur. L’odeur acre qui lui piquait le nez lui évoqua l’arrière boutique d’un fleuriste peu consciencieux sur le rangement et la conservation de ses stocks. Ce mélange de parfum floral et de pourriture le réveilla complètement.
Et la situation lui revint.
Attaché sur une chaise et délesté de ses armes, il avait connu des jours meilleurs. Bien que dans la pénombre il devinait la pièce ou trônait sa chaise, somme toute classique mais qui devenait une chaise de torture par la force des choses et la volonté d’un ennemi aussi implacable qu’invisible pour l’instant.
Petite pièce aux murs nus et dont la seule lumière venait d’une étroite fenêtre horizontale. Le soleil qui entrait dans la prison de Laurent dessinait un rectangle bien net sur le béton brut du sol. Bizarrement aucune poussière ne volait dans l’air. Le silence était total.
Tirant sur ses bras qui se rejoignaient derrière lui, solidement attachés, il fit grincer les cordes contre le bois de la chaise. La suite s’annonçait compliquée. Le début n’ayant déjà pas été évident .Laurent se remémora ce 21 Juin.
Comme chaque année dans cet hémisphère, cette date marquait l’arrivée de l’été. Et ce jour de solstice coïncidait sans surprise avec un assaut de l’ennemi. Assaut coordonné et surtout appuyé par la période propice. En effet, le réchauffement de l’atmosphère, le soleil et les journées allongées provoquaient invariablement un afflux de troupes et un regain de vitalité parmi les jeunes recrues de « l’Amour ». Le général cruel portant ce nom, qui brillait au dessus de ses médailles, savourait ce moment. Les esprits échauffés par la chair découverte des uns et des autres et la décontraction ambiante, ce côté « vacances j’oublie tout », tout se mettait en place pour que Laurent voit les désertions à la Cause plus nombreuses et le Général de son côté ses troupes d’infanteries augmentées des nouveaux convaincus.
La musique des angelots célestes armés de leurs flèches à petits cœurs résonnait toujours plus fort l’été. Les escadrons « Cupidons » fauchaient les victimes comme les paysans le blé sous le même soleil de presque Juillet.
L’assaut mené par le Général sur les ruines où Laurent et son armée se réfugiaient, avait été sanglant. Le feu nourri de l’artillerie des deux camps précéda le corps à corps inévitable de toute guérilla. Les flèches de la passion se déversaient par centaines sur les combattants de la Cause, tandis que les obus du réalisme explosaient dans les lignes des partisans du Général.
Laurent et ses hommes avançaient coin de rue après coin de rue. Il ne pleurait pas sur les morts ennemis, pas plus que sur ses propres troupes qui tombaient, sachant leur dévouement. Parfois les larmes montaient quand, reconnaissant d’anciens compagnons tombés dans l’autre camp, il faisait feu malgré tout.
Et c’est au cours de cette bataille que son groupe tomba dans un guet-apens. Un jeune homme allongé au milieu de la rue fut l’appât. Ayant sécurisé la zone, Laurent s’approcha, arme au poing. Le jeune homme avait l’aspect habituel des « bleus » abandonnés par le Général. Yeux rougis d’avoir trop pleuré et une envie de mourir comme sourire. Il implora pour rejoindre la Cause. Laurent l’écouta et choisi de le croire. Le « bleu » indiqua un chemin libre de combattants adverses. L’équipe y alla. Le nouveau venu saisi alors l’arme du soldat le plus proche et la pointa sur le chef de guerre. Les hommes de la Cause surpris, ne purent que capituler face aux soldats du Général « Amour » qui sortirent par nombres des décombres. Une silhouette émergea au sommet d’un monticule de gravats, enveloppée dans un manteau qui claquait le long de ses jambes. Laurent reconnu Le Baron avant d’être frappé par le traitre. Au moment de perdre totalement conscience, il entendit la voix du Baron :
« Faites ce que vous voulez des autres mais Laurent est pour le Général »
A suivre…