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La Cause III
septembre 21st, 2009 by Laurent

Quand Le Baron avait alors encore un prénom, il ne savait rien de cette guerre. Sylvain, prénom un peu classique mais auquel l’habitude l’avait fait aimer à celui qui le portait.
Avant de rencontrer Laurent, sa vie paisible lui convenait.

Enfin presque, car il se posait déjà pas mal de questions sur des détails qui laissaient la plupart de ses contemporains dans l’expectative. Eux qui ne se troublaient guère de savoir le pourquoi du comment. Mais le “pas encore Baron” lui, cherchait et inlassablement questionnait les autres et lui-même. Et c’est à ce moment là que sa route traversa celle de Laurent. Quand Le Baron vit Laurent pour la première fois, ce dernier n’était pas encore l’icône cheguevariste qu’il deviendrait au fur et à mesure du temps.
D’une simple discussion assez banale autour d’un café estudiantin, Sylvain comprit assez vite que Laurent cachait quelque chose. Au fur et à mesure de leurs échanges, la conversation s’orienta vers les relations puis vers le sentiment amoureux.

Ce glissement eu lieu un soir. Avec plusieurs étudiants des deux sexes, et après des cours un peu fastidieux, ils s’étaient retrouvés une petite dizaine autour d’un verre en terrasse. Sylvain se rendit compte que chacun était persuadé d’être à l’origine de ce choix de thème mais son habitude des jeux de langages paternels ne le rendait pas dupe. Laurent seul conduisait l’agréable réunion. Et poussant les uns après les autres les présents, il amenait des confessions sur la façon d’envisager l’amour. La plupart enchainait les visions idylliques et les poncifs liés aux comédies romantiques en vogue. Laurent acquiesçai. Seul Sylvain lors de son “interrogatoire” subtil émit l’hypothèse que la société était en partie responsable de notre vision des relations amoureuses. Entendant ces propos, Laurent hocha la tête et pris la parole.

Du simple collègue étudiant, il se mit à émaner de lui une force surprenante. Son discours rodée repris les clichés débités par la tablée et les démonta un à un. Puis il parla de liberté, de choix et de solitude. Sylvain n’en revenait pas de ce discours mais l’évidence le transperça. Pour une raison encore inconnue, la vie de Laurent dépendait directement de ce qu’il décrivait. L’enjeu était plus élevé que ce que pouvait deviner les quelques clients du bar que les étudiants avaient choisi. La majorité d’entre eux ricanèrent lorsque Laurent eu terminé. Mais Sylvain savait que le destin avançait. Un garçon à sa gauche prit la parole. Il traita Laurent d’illuminé et d’adolescent attardé.- Un homme ne pense pas comme ça. C’est que t’y connais rien et que t’as peur d’aimer. Tu verras un jour tu rencontreras une nana qui te tirera le coin du slip et tu balanceras tes petites théories au placard.
Le sourire aux lèvres Laurent lui demanda pourquoi il était si sur.
- Parce que c’est comme ça !
Le groupe laissa passer un silence et attendit la réplique. Laurent leur demanda ce qu’ils en pensaient. Sur les sept restants seulement deux se rangèrent de son côté. Les cinq autres soutenaient son adversaire.

Une averse se déclencha soudain. Tous s’affolèrent et tout le monde se replia à l’intérieur du café. Profitant de l’aubaine météorologique et suite au malaise de la fin de conversation, les « adversaires » de Laurent rentrèrent chez eux. Sylvain regarda les restants. Un jeune homme très blond au regard vert et une jeune femme, menue et très brune également. Tous attendaient que la pluie cesse pour repartir. Laurent semblait s’amuser de cette pluie mais son visage était traversé d’un autre sentiment. Une sorte de lassitude. Et il parla, mais d’une voix beaucoup plus douce que précédemment.
- La pluie ne s’arrêtera pas.
Les trois qui l’entouraient le regardèrent intrigués. Laurent continua.
- Nous sommes en guerre. En guerre contre un ennemi implacable. Vous l’avez vu à l’œuvre ce soir. Oh bien sûr, ce n’était qu’un de ses nombreux soldats mais vous verrez bientôt son vrai visage. Beaucoup se refusent à le combattre tant il est aisé de lui succomber. Mais il est bien trop puissant pour être laissé tranquille. La seule chose qui l’effraie c’est la vérité. Et en ça, vous pouvez m’aider. M’aider à soutenir La Cause.
C’est ce soir là que Sylvain devint  ”Le Baron” et c’est ce soir là qu’il rejoignit les rangs de la Cause et découvrit le champ de bataille qui allait constituer son quotidien futur.


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