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La Cause
avr 15th, 2009 by Laurent

Laurent vérifia machinalement le chargeur de son arme. Geste bien plus instinctif que servant à prendre une réelle information. Adossé au muret de l’ancien bunker, il se demandait quelle tournure allait prendre la bataille. Il fallait faire le point et l’endroit n’était pas propice. Jaugeant la distance qui le séparait d’un couvert plus sur en un coup d’œil, il s‘élança vers le coin d’immeuble encore debout. L’ennemi, toujours très réactif riposta et une pluie de projectiles s’abattit derrière Laurent. Il sentait juste le souffle des flèches derrière son dos. Ces fameuses flèches et leurs empannages rouges en formes de cœur. Comme un pied de nez permanent à la Cause.

Arrivant enfin dans la bâtisse semi détruite, Laurent retrouva ses camarades. Fuller et Touko l’attendaient. Les regards étaient durs et les visages las d’une guérilla trop longue. Laurent pris le temps de s’asseoir et de fermer les yeux quelques instants. Des silhouettes manquaient à l’appel. Il se demanda si questionner serait la bonne solution. Les réponses, il les devinait. En ce 21 Mars, premier jour du printemps, beaucoup ne trouvait plus la force de combattre et se rendaient. Malgré les ruines environnantes et les fumées des combats, beaucoup succombait à l’enivrante odeur dégagée par l’ennemi. Rien que d’y penser, Laurent jeta son arme à ses pieds.
- Ou sont Nick et Le Baron ?
Touko et Fuller échangèrent un regard, hésitant à répondre. Laurent n’était pas connu pour sa délicatesse quand il s’agissait de la Cause. Touko se lança.
- Ils sont tombés sous les flèches de l’ennemi.
- Les flèches de l’ennemi ! répondit Laurent dépité.

Ne voulant pas accabler ses hommes, il se garda de livrer le fond de sa pensée. Encore des traitres à la Cause. Mais comment ne pas les comprendre. Leurs vies à eux étaient simples mais réelles. Sans chichis ni fioritures. Les escadrons de l’ennemi composés d’angelots aux fesses rebondis, entouré de musique céleste et agréable. Et ils promettaient de transformer le quotidien en félicité et bonheur permanent. Mais Laurent savait la vérité. Lui ne laissait pas ses hommes en cas de repli. Dans son camp, aucun n’était oublié derrière les lignes ennemies. Alors que combien de guérilleros avait il recruté lorsqu’ils étaient sans prévenir abandonnés par leurs nouveaux idéaux. Lorsque les généraux « passion » et « félicité » se détournaient de recrues fraiches et naïves pour d’autres encore plus fraiches et plus naïves.

Laurent repensa alors à un vieux livre d’Isaac Assimov. Dans une nouvelle, il avait lu
« En une juste cause il n’y pas d’échec ».
Mais pour emmener des soldats à la mort, la raison et la justesse ne suffisaient pas. Il fallait la foi en un idéal. Et comment lutter face à un idéal comme celui de l’ennemi ?
Laurent reprit son arme au sol. Le combat continuai, même seul portant sa cause, il n’abandonnerait pas. Et tant pis pour les petits cœurs…

»  Substance: WordPress   »  Style: Ahren Ahimsa